Discours de rentrée 2004-2005
QUELLE UNIVERSITE AUJOURD'HUI POUR UN PLUS GRAND SERVICE A LA SOCIETE DEMAIN?
Comme c’est le cas dans plusieurs pays du continent européen en cette période de reprise, l’enseignement universitaire et l’enseignement supérieur hors université en Communauté française de Belgique basculent, aujourd’hui même – 15 septembre - selon les termes du décret du 31 mars 2004, dans cette nouvelle structure dite « de Bologne ». Cette structure, partagée par la quasi-totalité des pays de l’Europe géographique a pour objectif de favoriser l’harmonisation de nos systèmes d’enseignement et la mobilité des étudiants, des enseignants, des chercheurs et des diplômés.
Conformément au même décret, les universités se sont constituées en « académies ». C’est donc dans ce nouveau cadre de partenariat que les FUCaM, les FUNDP, les FUSL et l’UCL ont décidé d’unir leurs forces au sein de l’ « Académie universitaire ‘Louvain’ ». Comme l’affirme la convention qui les lie, ces quatre institutions universitaires, conscientes des valeurs et de la tradition qui leur sont largement communes, partagent une même ambition et une même vision de la priorité accordée à la personne, d’ouverture et de tolérance ; dans ce cadre décrétal, elles ont décidé « d’affronter ensemble les défis » posés par leur intégration dans la société de la connaissance de ce début de troisième millénaire.
Il n’entre pas dans mes intentions de revenir aujourd’hui sur l’historique de cette harmonisation européenne ni sur la manière dont ce dossier et celui de la constitution des académies ont été gérés en Communauté française ; j’ai évoqué ces questions lors des rentrées académiques des deux années précédentes et vous invite plutôt aujourd’hui à porter notre regard vers l’avenir. C’est pourquoi, au moment où nous nous engageons résolument dans cette double évolution et à l’heure où les nouveaux étudiants que nous avons la joie d’accueillir aujourd’hui, au sortir du secondaire, suivront dès demain matin les cours et autres activités de formation, non plus en première candidature mais en première année du grade de bachelier, je souhaite profiter de cette occasion pour partager avec vous quelques questions tout à fait fondamentales que doivent, à mes yeux, se poser non seulement tous les membres de notre communauté universitaire, mais aussi celles et ceux qui, directement ou indirectement, portent des responsabilités dans le monde de l’enseignement, de la formation, de la recherche.
L’université : pour qui et pour quoi ? Quelle formation universitaire mettre en place aujourd’hui pour assurer un plus grand service à la société de demain ? Accepter de se poser ces questions, c’est déjà convenir qu’un des objectifs prioritaires des études universitaires est de former des femmes et des hommes compétents, capables de se mettre au service de leurs semblables, soucieux d’améliorer les conditions de vie de leurs contemporains et des générations futures. Toute tentative de réponse à cette question fondamentale suppose bien évidemment de commencer par s’interroger sur le monde dans lequel vivent et surtout vivront demain les étudiants d’aujourd’hui. Ce n’est pas le lieu de développer de longues projections sur le sujet ; je me contenterai de relever quatre lignes de force essentielles qui caractérisent ce début du troisième millénaire.
La première dimension dans laquelle baigne notre société est sans conteste la mondialisation, avec tous les atouts qu’elle comporte, mais aussi les menaces qu’elle présente. Les jeunes européens grandissent avec « internet » ; les informations et sollicitations leur parviennent du monde entier. A l’université aussi, nous en faisons l’expérience chaque jour, les synergies en matière de recherche n’ont plus aucune frontière. L’enseignement à distance, notamment dans le cadre de la formation continuée, se développe très vite. La mondialisation véhicule donc à coup sûr des possibilités nouvelles pour la construction d’un monde plus juste, plus convivial et plus solidaire ; qu’il nous suffise d’évoquer cette communication élargie à l’horizon de la planète entière, gage d’un progrès scientifique plus rapide, d’une diffusion plus large de l’innovation technologique et d’un accès plus aisé à la culture de l’autre, mais aussi cette internationalisation du dialogue économique, politique, social et culturel, que ce soit au sein des grandes institutions internationales comme l’ONU, l’UNESCO, l’OIT et même l’OMC, ou entre représentants des gouvernements et de la société civile, comme au forum social mondial.
Mais ne nous laissons pas entraîner, par manque de sens critique, dans un optimisme béat : la mondialisation, hélas encore insuffisamment balisée par de nouvelles règles et codes de conduites est bel et bien porteuse de menaces redoutables. En mai 2001, les recteurs des universités jésuites du monde entier se sont réunis en Italie. Dans son discours de clôture, le Père Peter Hans KOLVENBACH, ancien professeur à l’Université Saint-Joseph de Beyrouth et Supérieur général de la Compagnie de Jésus, s’exprimait en ces termes particulièrement forts à propos de la mondialisation :
« D’emblée, nous découvrons que ne peut venir de Dieu le fait de convertir le marché et l’intérêt économique en moteur unique de la société. Les résultats terribles de la mondialisation telle qu’on est en train de l’instaurer, en marge de toute éthique, sautent aux yeux : déshumanisation, individualisme, manque de solidarité, fragmentation sociale, élargissement du fossé déjà existant entre riches et pauvres, exclusion, non-respect des droits humains, néo-colonialisme économique et culturel, exploitation, détérioration de l’environnement, violence, frustration. Pour ne pas parler du ‘lien pervers’ du crime avec la mondialisation : le trafic d’êtres humains et d’armes, la drogue, l’exploitation de la femme et du sexe, le travail des enfants, la manipulation des médias, les mafias de toutes espèces, le terrorisme, la guerre, l’avilissement du sens de la vie. Comment ne pas penser en ce moment à l’Afrique, paradigme de tous les visages négatifs que peut prendre la mondialisation du marché ? » [1]
Les étudiants d’aujourd’hui, en Europe et notamment en Belgique, vivent et vivront demain dans une société où la solidarité a été fortement institutionnalisée mais où elle est, à des degrés divers, insidieusement menacée. C’est, à mes yeux, une deuxième caractéristique de notre société occidentale en ce début du vingt et unième siècle. Dans son rapport mondial sur le développement humain, le Programme des Nations Unies pour le Développement classe en 2004 la Belgique en sixième position après la Norvège, la Suède, l’Australie, le Canada et les Pays Bas; ce classement est opéré sur base de ce qu’il est convenu d’appeler l’ « indice de développement humain » qui tient compte non seulement de la richesse produite par habitant, le PIB, mais aussi de l’espérance de vie à la naissance, du taux de scolarisation et du taux d’alphabétisation. Beaucoup de facteurs entrent certes en jeu pour expliquer ce niveau élevé de développement humain atteint par la Belgique. Mais, soyons en persuadés, les mécanismes de solidarité à l’œuvre dans notre société, et notamment en matière de soins de santé, d’éducation, de partage et de conditions du travail, y jouent un rôle capital.
Nous avons effectivement la chance de vivre dans un pays où, depuis plus de cinquante ans, s’est développé, grâce à une concertation constante entre le monde des travailleurs, celui de l’entreprise et les pouvoirs publics, un système de sécurité sociale des plus performants. Pour la Belgique, pays largement ouvert sur le reste du monde, ce système est le fruit d’un compromis équilibré, fondé sur un large consensus politique entre exigences de performance économique et valeurs de solidarité et de cohésion sociale. Ce système, envié longtemps par bon nombre de pays voisins, organise la solidarité entre ceux qui ont un emploi et ceux qui n’en ont pas, entre jeunes et âgés, entre malades et bien portants, entre isolés et familles nombreuses, entre valides et moins valides, entre actifs et retraités. En outre, la perception et la redistribution de l’impôt permettent à l’Etat d’exercer les fonctions régaliennes (défense, justice, police), mais aussi d’organiser l’enseignement, l’éducation, la santé, l’action sociale, le logement, la culture… Sécurité sociale et redistribution de l’impôt constituent donc les deux piliers sur lesquels s’organise la solidarité publique dans notre pays. A côté de cette structure publique et en complémentarité avec elle, une multitude d’initiatives privées, d’associations, de comités oeuvrent sur le terrain pour développer d’innombrables formes de solidarité avec les personnes précarisées de par leur santé, leur situation socioprofessionnelle ou culturelle.
Cette solidarité survivra-t-elle aux tentations d’individualisme et à l’exacerbation croissante de la performance individuelle ? A mes yeux, le danger qui nous menace n’est pas de passer du jour au lendemain, par un tremblement de terre électoral, d’une société basée sur la solidarité sociale à une société du « chacun pour soi ». Ce basculement, nous ne le savons que trop bien, est déjà bien présent ; il s’opère progressivement et insidieusement, porté par une vague sournoise de contestation du caractère éthique de la solidarité fiscale et sociale. C’est donc à travers une multiplicité de décisions, chacune de portée à première vue très limitée, que cette société du « chacun pour soi », confortée par des thèses néolibérales apparemment très argumentées sur le plan économique, s’installe chez nous, créant un écart sans cesse plus grand entre les possédants, toujours plus riches, et ceux qui s’enfoncent dans la précarité. L’avenir de cette société basée sur la solidarité sociale est entre les mains de la jeunesse d’aujourd’hui, et donc des étudiants qui se forment dans nos universités !
Un troisième trait caractéristique de notre époque est assurément l’injustice scandaleuse du fossé « nord-sud » qui ne fait que s’accentuer, tout au moins en ce qui concerne l’Afrique subsaharienne. Si, comme je viens de le rappeler, la Belgique se situe dans le peloton de tête des nations selon le classement effectué par le PNUD sur base de l’indice de développement humain, le Burundi décroche la cent septante troisième place et le Congo la cent soixante huitième! Et la liste des pays où plus de la moitié de la population vit en dessous du seuil de pauvreté serait bien longue, du Soudan à la Palestine, de la Sierra Leone à Haïti, du Niger à la Colombie, du Bangladesh au Vietnam. Le revenu moyen des vingt pays les plus riches de la planète atteint aujourd’hui trente-sept fois celui des vingt pays les plus pauvres et cet écart a plus que doublé au cours des quarante dernières années ! Les jeunes universitaires d’aujourd’hui ne pourront demain ni ignorer cette situation scandaleuse, ni comme hommes et comme intellectuels, y rester indifférents. Les gestes de désespoir de ceux qui n’ont plus rien à perdre et les tentatives de ceux qui, au péril de leur vie, risquent l’impossible pour fuir cette situation de désespérance et atteindre le mirage de notre vieille Europe seront là pour continuer à les interpeller ! Souvenons-nous, durant l’été 1999, ces deux adolescents guinéens qui s’étaient cachés dans le train d’atterrissage d’un Airbus qui assurait la liaison entre Conakry et Bruxelles et qui y ont perdu la vie. On a retrouvé sur leur corps cette lettre adressée aux autorités de l’Europe, « aux excellences, messieurs les membres et responsables de l’Europe. Si vous croyez que nous nous sacrifions et exposons notre vie, c’est parce qu’on souffre trop en Afrique et parce qu’on a besoin de vous pour lutter contre la pauvreté et mettre fin à la guerre en Afrique. »
La dernière caractéristique de notre société occidentale que je voudrais évoquer est l’absence ou au contraire la multiplicité des repères, et donc la nécessité qui s’impose très tôt aux jeunes d’être à la recherche de sens à leur vie. Contrairement aux générations précédentes qui ont grandi sur des chemins extrêmement balisés, les jeunes doivent aujourd’hui se chercher eux-mêmes des repères parmi les innombrables sollicitations qui jalonnent leurs routes. Ils sont amenés, selon l’expression du sociologue québécois Raymond LEMIEUX, à « chercher quelque chose sur le vaste marché du sens où sont exposés les produits les plus divers »[2]. Guy LESCANNE, prêtre et sociologue français, ne dit pas autre chose quand il affirme que les jeunes doivent trouver les conditions qui leur permettent « de sortir de leur indigestion de sens en ayant la possibilité de faire un tri et ainsi de mûrir »[3].
Si nous convenons de ce que ces quatre dimensions fondamentales caractérisent, parmi d’autres bien sûr, notre société en ce début du vingt et unième siècle, il est temps de nous interroger sur le type de formation que doit proposer l’université pour rencontrer les besoins de nos contemporains et, si possible, des générations futures. Il n’échappera en effet à personne que le choix des programmes universitaires et de leur contenu comporte une dimension à la fois éthique et politique, au sens premier du mot. Comme le relève le rapport du Congrès du Mouvement Ouvrier Chrétien tenu en avril 1991 sur le thème de l’ « exigence démocratique », « ceci revient à poser la question du type de logique de responsabilités sociales et culturelles auxquelles les élites formées à l’université sont préparées »[4] .
L’université, à mes yeux, doit former des femmes et des hommes compétents dans leur discipline, capables de sens critique, ouverts aux questions de sens, ayant fait l’expérience de la recherche, soucieux de l’universel et donc ouverts à la dimension internationale, capables d’assumer des postes de responsabilités.
Des hommes et des femmes compétents dans leur discipline. Je ne m’attarderai guère sur cette évidence, commune par ailleurs à tous les types de formation dans l’enseignement supérieur et de qualification, si ce n’est pour rappeler que, dans ce domaine, la compétence universelle n’existe pas : les savoirs et connaissances scientifiques de tous ordres ont explosé depuis quelques décennies. L’étudiant d’aujourd’hui ne doit pas apprendre à tout savoir, mais doit savoir où et comment il peut apprendre ! Pour obtenir cette compétence requise par l’exercice de sa future profession, l’étudiant sera confronté à des activités d’apprentissage diversifiées : cours magistraux, séminaires, travaux pratiques, recherche en bibliothèque, expériences en laboratoire… Pour chacune de ces activités d’apprentissage et selon des modalités adaptées à leur diversité, le niveau d’évaluation de l’étudiant devra rester très exigeant pour garantir la qualité et la fiabilité du service attendu de lui.
Des hommes et des femmes capables de sens critique, ouverts aux questions de sens. Nous touchons ici une dimension qui caractérise de façon plus particulière la formation universitaire. Dans les responsabilités qui seront les siennes au cœur de la société, l’étudiant d’aujourd’hui devra sans cesse tenir compte de situations et de composantes multiples et complexes qu’il sera amené à soupeser et confronter. C’est pourquoi, son programme d’études ne peut en aucun cas se concentrer sur sa seule compétence disciplinaire ; une solide culture générale, une attention particulière à l’interdisciplinarité et donc une pratique de la confrontation des savoirs, une initiation substantielle aux sciences humaines telles que la philosophie, l’épistémologie, l’éthique, l’histoire, la sociologie et la psychologie doivent impérativement faire partie intégrante de sa formation. Mon prédécesseur, le recteur Jacques BERLEUR, m’autorisera cette citation du discours qu’il a prononcé à l’occasion de l’ouverture de l’année académique 1984-1985 : « L’enseignement, s’il se doit de toujours privilégier la maîtrise des concepts, doit autant amener à la responsabilité du jugement : aucune discipline ne devrait faire l’impasse d’une réflexion sur son histoire et son enracinement social, ses crises, ses présupposés, ses limites. L’université est le lieu où l’apprenant structure conceptuellement, non seulement ses connaissances, mais, à travers elles, une grande partie de son approche des réalités du monde : notre responsabilité serait grande si nous devions lui offrir un projet qui tronquerait cette approche »[5]. Vous conviendrez que cette affirmation qui a vingt ans n’a pas pris une ride !
Dans l’importante réforme des programmes initiée dans chacune de nos facultés à l’occasion de la mise sur pied du décret dit « de Bologne » qui structure chaque cursus dans le cadre de trois années du grade de bachelier et deux années de master, les autorités académiques ont été soucieuses de préserver cette double caractéristique forte de notre formation universitaire namuroise : l’interdisciplinarité et la part réservée aux sciences humaines. Pour favoriser cette véritable confrontation des savoirs et permettre ainsi que les questions de sens soient abordées à partir de la discipline propre au cursus choisi par l’étudiant, ces cours de sciences humaines sont assurés par des professeurs membres de la faculté ou du département concerné et ayant souvent une double formation, en sciences exactes et en philosophie par exemple. On comprendra donc que le cours d’éthique donné à des biologistes ne sera pas le même que celui suivi par des économistes
Des hommes et des femmes ayant fait l’expérience de la recherche. Nous touchons encore ici une caractéristique forte des études universitaires. Dès sa première année d’université, l’étudiant vit dans un environnement de recherche et donc de création de nouveaux savoirs : ses professeurs et ses assistants sont aussi des chercheurs, membres d’une équipe – il n’est plus pensable aujourd’hui de faire de la recherche tout seul - et consacrant une partie non négligeable de leur temps à cette recherche. C’est dès le premier cycle que l’étudiant est amené à entrer progressivement dans cette démarche et à faire lui-même l’expérience de la recherche en laboratoire, en bibliothèque, sur le terrain ou sur internet. Ce ne sont pas mes collègues recteurs ici présents qui me démentiront, Madame la Ministre : permettre à tous les étudiants de faire eux-mêmes l’expérience de la recherche coûte très cher aux universités, non seulement en termes d’équipement et de locaux, mais aussi et peut-être surtout en termes d’accompagnement humain ! Grâce à la sagesse et à la prudence de ceux qui ont assuré la gestion de notre université ces dernières décennies, nos Facultés ont pu faire les investissements nécessaires à la réalisation de cet objectif primordial pour la formation de nos étudiants.
Des hommes et des femmes soucieux de l’universel et donc ouverts à la dimension internationale. Qui dit université évoque univers, universel, universalité ! Dans cette perspective, il nous est bon de nous rappeler ce passage de la « Magna Charta des Universités européennes » publiée à Bologne il y a seize ans déjà : « Dépositaire de la tradition de l’humanisme européen, mais avec le souci constant d’atteindre au savoir universel, l’université, pour assurer ses missions, ignore toute frontière géographique ou politique et affirme la nécessité impérieuse de la connaissance réciproque et de l’interaction des cultures… C’est pourquoi, retrouvant en cela leurs sources, les universités encouragent la mobilité des enseignants-chercheurs et considèrent qu’une politique générale d’équivalence en matière …de titres, d’examens…et d’attributions de bourses, constitue l’instrument essentiel garantissant l’exercice de leurs missions contemporaines ». La formation universitaire, dans ses programmes et dans chacune des disciplines enseignées, doit permettre à l’étudiant d’élargir son horizon bien au-delà de nos frontières régionales, nationales et même européennes. Parallèlement à cette ouverture internationale du contenu des enseignements, nous devons tout mettre en œuvre pour permettre à l’étudiant de faire in situ l’expérience de la confrontation des cultures et des conditions socioéconomiques. Nos Facultés ont déjà une riche expérience en la matière, comme nous l’expliquera dans quelques instants le Professeur Martine RAES. Et cette expérience ne concerne pas seulement l’Europe ou les pays industrialisés, mais aussi les pays du Sud, grâce notamment aux voyages de sensibilisation organisés par la FUCID, notre ONG universitaire.
La mobilité évoquée dans la « Magna Charta » de Bologne et promue par l’actuel processus d’harmonisation européenne dit « de Bologne », constitue à mes yeux le défi majeur que devront relever les pouvoirs publics et les universités dans les toutes prochaines années. Si l’harmonisation des programmes d’enseignement universitaire que l’ensemble des pays du continent européen réalisent aujourd’hui constitue un premier pas important dans cette direction, soyons conscients que faute, dans un second temps, d’harmoniser les conditions financières des études universitaires dans ces même pays, sans évoquer le problème posé par la disparité du coût de la vie, il n’y aura pas de mobilité effective des étudiants, si ce n’est pour quelques rares nantis ! De cette mobilité là, nous ne voulons pas. Dans ce débat capital pour la formation des jeunes et l’avenir de notre société, les universitaires que nous sommes ne pourront pas rester au balcon !
Des hommes et des femmes capables d’assumer des postes de responsabilité. Si la formation prodiguée par l’université, et plus particulièrement pas nos Facultés, répond aux exigences que je viens de tenter de décrire, cette formation permettra à nos diplômés d’être au service de la société, ici ou ailleurs, et pour bon nombre d’entre eux d’y assumer des postes de responsabilité dans l’un ou l’autre secteur de l’activité humaine, de la culture à l’économie, du social au politique, de l’associatif à l’enseignement. Pouvoir bénéficier d’une formation universitaire aujourd’hui constitue, dans notre pays déjà mais surtout à l’aune de la planète, un privilège exceptionnel ! A celui qui a la chance et le bonheur de tant recevoir aujourd’hui, il sera demandé demain de donner, de servir ! Il en va de notre responsabilité de donner aux étudiants d’aujourd’hui cette formation universitaire qui leur permettra de répondre aux attentes et besoins de la société, et plus particulièrement de celles et ceux qui connaissent dans leur chair ou dans leur cœur, pour eux-mêmes ou pour leurs proches, les plus grandes situation d’injustice, d’exclusion ou de précarité.
Telles sont, Mesdames, Messieurs, les valeurs qui font vivre notre
communauté universitaire ; elles donnent un sens à notre travail
d’enseignants, de chercheurs et d’acteurs au service de la société ;
telles sont les valeurs qu’avec modestie nous proposons en partage aux
étudiants et aux chercheurs
Namur, le 15 septembre 2004
Michel Scheuer, recteur.
[1] « L’ université jésuite à la lumière du charisme ignatien » P-H KOLVENBACH, Rome, 27-05-01.
[2] « Entretien avec B. JOUANNE » R. LEMIEUX, La Croix , 17-07-02
[3] « Entretien avec M. de SANTO » G. LESCANNE, La Croix, 08-02-02
[4] « L’exigence démocratique » MOC Congrès avril 1991
[5] « Des rôles et missions de l’université » J. BERLEUR, PUN, 1994
