Biographie
Né
à la Rochelle en 1683, Réaumur étudie le
droit à Poitiers et à Bourges avant de venir
à Paris où il se consacre aux sciences. Ses travaux
lui valent d’être élu en 1708 à
l’Académie des sciences, qui le charge de la
direction de la collection « Description des divers arts et
métiers ». Il y écrit de nombreux articles
dont L’Art de convertir le fer forgé en acier
(1722), qui amène la France à fabriquer ce
métal qu’elle importait jusqu’alors. Il
démontre le premier que l’acier contient du carbone.
Par ses découvertes, Réaumur est sans doute le
fondateur de la sidérurgie scientifique.
Il
étudie et fait progresser l’histoire naturelle, la
biologie (il invente l’incubation artificielle des oeufs), la
physique (le thermomètre à alcool) et
s’intéresse à de nombreuses disciplines
différentes (l’art du verrier, le fil
d’araignée, la nacre, la porcelaine, etc.). En 1724,
il se lance dans la métallographie. Mais c’est
surtout un grand entomologiste. De 1737 à 1748, il publie les
douze tomes des Mémoires pour servir à
l’histoire des insectes.
En
1752, il étudie l’influence du suc gastrique dans la
digestion et permet des avancées dans ce domaine. Il est
l’un des pionniers de la génétique avec ses
recherches sur l’hybridation qui sont à la base des
travaux que Mendel entreprendra près d’un
siècle plus tard.
En
1757, il meurt à l’âge de soixante-quatorze
ans, alors qu’il est encore en pleine activité.
Réaumur
s'attaqua au problème de la digestion car il ne croyait pas
aux théories en cours à l'époque. Il utilisa
d'abord un rapace apprivoisé comme animal de laboratoire. Les
rapaces ont la particularité de rejeter sous forme de pelote
les parties de leurs proies qu'ils ne digèrent pas (plumes,
poils, os etc.). Mettant à profit cette
caractéristique, il fit avaler à son oiseau des tubes
métalliques contenant de la viande. Après rejet du
tube, il constata que la viande avait en partie disparu sans aucune
putréfaction et à l'abri de tout broyage
mécanique dans son tube. Il eut alors l'idée de
remplacer la viande par une éponge afin de
récupérer le liquide contenu dans l'estomac (le suc
gastrique) et vérifia que ce liquide était capable de
dissoudre la viande, quoiqu'assez peu efficacement. La digestion
apparaissait donc comme un phénomène chimique.
Lazzaro
Spallanzani (1729-1799), abbé et professeur d'histoire
naturelle à l'université de Pavie, reprend les
travaux de Réaumur en améliorant les conditions
expérimentales. De façon à reproduire des
conditions proches de celles régnant à
l'intérieur de l'organisme, il place des tubes contenant un
mélange de viande et de suc gastrique sous ses aisselles et
les y maintient pendant trois jours ! Il montre ainsi que la digestion
s'effectue plus vite à la température du corps
qu'à température ambiante. Il refait la même
expérience en prélevant directement le suc gastrique
après dissection de l'estomac d'oiseaux. La digestion
étant réalisée in vitro sans aucune
intervention mécanique de l'estomac, il en déduit
qu'il s'agit essentiellement d'un phénomène chimique.
Enfin, voulant démontrer que la digestion obéit aux
mêmes règles chez l'homme et chez l'animal, il
entreprend d'expérimenter sur lui-même : il commence
par avaler de petits tubes de bois percés de trous et remplis
de viande. Il les récupère dans ses selles et
retrouve le contenu des tubes digéré. Toutefois, il
ne parvient pas à se faire vomir pour
récupérer des tubes d'expérience qu'il a
avalés et il doit concéder avec dépit que
son dégoût est plus fort que sa curiosité
scientifique.
En
1822, un accident devait faire progresser les connaissances sur la
digestion : Alexis Saint-Martin, un trappeur canadien, reçut
un coup de fusil au ventre alors qu'il se trouvait dans l'île
Mackinac sur le lac Huron. La blessure était si grave que
l'estomac dépassait de la plaie et laissait échapper
de la nourriture par une perforation. Le médecin se
déclara impuissant à le sauver. Incroyablement,
Saint-Martin survécut et la plaie cicatrisa par soudure des
bords du trou de l'estomac avec ceux du trou de la peau formant une
fistule (communication artificielle). Le contenu de l'estomac pouvait
ainsi être vu directement à travers la fistule.
William
Beaumont, médecin américain, bien qu'il
n'eût jamais fait d'études de médecine,
avait obtenu un poste de chirurgien militaire car il avait
été apprenti chez un médecin. Il recueillit
Alexis et le fit travailler à son service. Au bout de quelques
années, il réalisa qu'Alexis était un
formidable sujet d'expériences : on pouvait observer
directement ce qui se passait dans l'estomac, recueillir du suc
gastrique, y placer des aliments... Beaumont entreprit alors une
série d'expériences au grand dam de son sujet. Ce
dernier n'appréciait guère qu'on aille fouiller dans
son estomac et s'enfuit deux fois. Beaumont réussit finalement
à le retrouver et à le faire enrôler dans
l'armée pour l'avoir sous ses ordres. Beaumont mena de
très nombreuses expériences aussi bien in vivo, dans
l'estomac d'Alexis, qu'in vitro avec le suc gastrique recueilli par la
fistule. Il étudia la durée de digestion de divers
aliments, montra la présence d'acide chlorhydrique dans
l'estomac, confirma que la dégradation des aliments dans
l'estomac est un processus chimique. Il publia ses travaux dans une
série de notes et écrivit un livre sur le suc
gastrique. Il fut sans doute le premier grand physiologiste
américain. C'est Claude Bernard (1813-1878), qui
compléta ces travaux en montrant que la digestion ne se limite
pas à l'estomac mais continue dans l'intestin.
Le saviez vous ?
Oeuvres
- L’Art de convertir le fer
forgé en acier (1722)
- Mémoires pour servir à
l’histoire des insectes (1737-1748)
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