Botaniste et fixiste
Le
botaniste suédois Carl von Linné estime que la
terminologie en usage à son époque ne permet pas de
nommer toutes les espèces européennes et encore moins
celles découvertes dans le Nouveau Monde. Pour
remédier à cela, il développe le
système de classification des organismes par règne,
phylum, classe, ordre, famille, genre et espèces. Chaque
espèce est définie par un nom double, en latin, qui
permet aux scientifiques du monde entier de la désigner sans
équivoque. Ce système est toujours utilisé
de nos jours.
Biographie
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Fils
d'un pasteur passionné de botanique, Carl von Linné
s'intéresse très tôt au règne
végétal. Malgré cet attrait pour les
sciences naturelles, il entame des études de médecine
à l'université de Lund en 1727, qu'il poursuit
à Uppsala l'année suivante. Il n'obtiendra le titre
de médecin qu'en 1735 dans une petite université
néerlandaise et n'aura l'équivalence dans son pays
que grâce à ces relations. En 1729, il rencontre
Peter Artedi (1705-1735) et entreprend avec lui la classification des
êtres naturels. Linné se réserve les
oiseaux, les insectes et les fleurs, laissant à Artedi les
espèces qu'il considère comme répugnantes,
comme les reptiles ou les poissons, et les plantes
ombellifères. Il se rend d'abord en Laponie puis il
séjourne aux Pays-Bas de 1735 à 1738. En 1738,
Linné rentre en Suède et exerce la médecine
durant trois ans. C'est à cette période qu'il fonde
l'Académie des Sciences de Suède. Il obtient en 1741
la chaire de médecine de l'université d'Uppsala.
L'année suivante, il abandonne cette chaire pour celle de
botanique. Particulièrement féconde, la
carrière de Linné s'achèvera en le 10
janvier 1778 après quatre ans de maladie.
Les
anciens classaient les plantes selon des critères qui leurs
semblaient efficaces pour prédire des actions
bénéfiques sur l'homme. On retient de cette
époque quelques distinctions générales comme
les médicinales et les aromatiques qui ont encore du sens
aujourd'hui. À partir du 16ème siècle, la
société change et des questions importantes comme la
place de l'homme dans l'évolution deviennent de profondes
interrogations. Andrea Cesalpino (Italie, 1519-1603) fut le premier
à classer 840 espèces selon leurs organes de
reproduction. Les botanistes poursuivront cette piste avec des
chercheurs prestigieux comme J.P. de Tournefort (France, 1656-1708) en
distinguant les végétaux supérieurs et
inférieurs sur des critères floraux.
Cette
tendance trouve sa reconnaissance et son plein développement
avec Carl von Linné et sa méthodus sexualis (1737)
qui départage les grands groupes de plantes et met la
dénomination binomiale à l'honneur. Si la
classification des plantes de Linné, basée sur le
nombre d'étamines, ne lui a pas survécu, elle n'en
reste pas moins le premier essai du genre. Le XVIIIe siècle a
vu les découvertes de nouvelles espèces se multiplier
et bientôt submerger botanistes et zoologistes. Linné
leur a fourni un ordre et un langage. Car outre une recension
complète des espèces, Linné a
également inventé la nomenclature dite
" binomiale ", toujours en vigueur aujourd'hui.
Chaque espèce est ainsi désignée par deux
noms, un nom générique commun à plusieurs
espèces voisines et un nom spécifique
différent pour chaque espèce du groupe. Pourtant,
malgré cette formidable contribution à la science,
Linné niait l'évolution. Cependant, l'acclimatation
de certaines plantes marque les limites de la théorie fixiste
selon laquelle chaque espèce vivante est immuable et ses
expériences d'hybridation amènent Carl von
Linné à faire de l'origine des espèces un
problème scientifique.
Deux
cent cinquante ans après, la classification des
espèces est remise en question. Pour nommer les êtres
vivants selon les conceptions actuelles de l'évolution, des
chercheurs proposent d'abandonner le système établi
par Linné et de considérer les espèces comme
des entités provisoires. L'espèce, peut être
considérée comme un ensemble d'individus se
ressemblant morphologiquement et se reproduisant à
l'identique. Elle est, le plus souvent, définie par
référence à un unique
“ spécimen type ”. C'est
cette tradition, anachronique par rapport aux connaissances
scientifiques actuelles, qui est contestée. Ces chercheurs ne
sont pas des excentriques isolés se battant pour une cause
perdue. Ils appartiennent à un collectif qui grandit, et qui
se fait entendre. Leur objectif est de mettre à jour la
taxonomie et de résoudre ainsi une contradiction tapie au
cœur de la biologie moderne. Car la description
systématique des espèces et de leur classification
établie par Linné est née plus d'un
siècle avant les théories de Darwin, qui
établirent que les espèces peuvent se modifier.
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Le
système du naturaliste suédois repose sur une
conception statique du monde, où chaque espèce est
immuable, créée par Dieu, et peut être
classée sans erreur possible suivant le plan divin. A
l'évidence, les biologistes ne pensent plus ainsi :
ils savent, désormais, que les espèces
représentent des entités mouvantes qui
évoluent avec le temps. Ce courant porte un nom: la taxinomie
phylogénétique. Son but : créer un
système de nomenclature reflétant les conceptions
actuelles de l'évolution, sans grand rapport avec le code
fixé il y a deux siècles et demi. Les scientifiques
qui s'y réfèrent - de plus en plus
nombreux - s'efforcent d'organiser les espèces en un
système de groupes naturels qui s'emboîtent les uns
dans les autres, de manière à refléter les
liens véritablement survenus au sein de l'évolution,
et non fixés d'autorité ou par convention. Cette
méthode est notamment fort utile aux paléontologues,
qui tentent de résoudre des questions d'ascendance et de
descendance à partir de fossiles.
Le saviez vous ?
Il
fut anoblit pour ses travaux par le roi Adolf Fredrik de Suède
le 7 avril 1757.
Son
travail fit progresser la connaissance du monde animal de 400
espèces reconnues par Aristote à 4400.
Oeuvres
- Flora lapponica (1735)
- Systema naturae (1735)
- Bibliotheca botanica (1736)
- Fundamenta botanica (1736)
- Genera plantarum (1737)
- Classes plantarum (1738)
La
première édition de son Systema Naturae, qui parut en
Hollande en 1735, se présentait comme une brochure d'une
dizaine de pages : deux pages pour les minéraux,
trois pour les plantes, deux pour les animaux. L'ouvrage grossit de
réédition en réédition, et devint
rapidement la bible des naturalistes.
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