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Résumé

Costanza (2000) estime qu’afin d’évaluer adéquatement les services écosystémiques, il convient de poser la question : qui vote ? S’agit-il de l’Homo economicus, communicus ou naturalis ? Costanza suggère qu’afin d’établir une évaluation complète, il importe de considérer un ensemble d’objectifs intégrant les notions de durabilité environnementale et de société équitable avec l’objectif traditionnel d’efficacité économique. Par conséquent, le projet VOTES tachera d’établir une évaluation intégrée des services écosystémiques, pour une zone d’étude au centre de la Belgique, en considérant les trois piliers du développement durable : l’économique, le social et l’environnemental. La principale nouveauté de ce projet est qu’il implémentera une telle approche de manière explicitement spatiale et temporelle, en utilisant les scénarios de changement global les plus à jour, spatialement désagrégés au niveau de la zone d’étude. A notre connaissance, une approche similaire n’a été mise en œuvre qu’au sein des touts récents travaux de Nelson et al. (2009), pour une zone d’étude aux Etats-Unis. Le projet VOTES constituerait la première application en Europe.

 

Parmi les différentes composantes du changement global, les changements d’utilisation du sol ont été identifié comme une des pressions principales sur les services écosystemiques et la biodiversité (Turner et al., 1997 ; Lambin et al., 2001). Ceci s’applique particulièrement bien à la Belgique, où l’espace est limité et sont utilisation est sujette à d’importantes pressions. Des scénarios de changements d’utilisation du sol développés dans le contexte de deux autres projets (c'est-à-dire les projets MULTIMODE et ECOCHANGE), et prenant en compte les changements climatiques et socio-économiques, prévoient d’importants changements d’utilisations du sol au cours des prochaines décennies. Ceci est d’autant plus vrai en zone péri-urbaine, où la pression induite par les développements urbains est la plus forte. Par conséquent, la taille et la distribution des écosystèmes agricoles, semi-naturels et forestiers risquent de changer considérablement, ce qui affectera les services écosystémiques qu’ils fournissent. Ceci plaide en faveur de l’utilisation d’une approche intégrée, multi-écosystèmes, afin d’évaluer les changements des services écosystémiques.

 

Sur base des outputs des projets précités, VOTES ambitionne de quantifier l’importance des principaux services écosystémiques pour une zone d’étude située à proximité de Bruxelles (au sein du bassin de la Dyle, autour de Louvain) en intégrant une évaluation sociale, biophysique et économique. Nous investiguerons ensuite les changements que ces services risquent de subir compte tenu des scénarios susmentionnés. Les problématiques des trade-offs et transferts, ainsi que de la communication et distribution de ces services écosystémiques seront examinées avec l’aide des communautés locales et des décideurs. De nouvelles politiques et/ou des modifications aux politiques existantes seront suggérées, en incorporant la méthodologie développée dans des processus décisionnels. Spécifiquement, les objectifs de la recherche sont :

 

 

  1. Estimer la valeur actuelle des services écosystémiques clés dans la zone d’étude ainsi que la manière avec laquelle les relations actuelles entre les services écosystémiques sont modifiées par l’utilisation du sol ;
  2. Identifier les trade-offs et synergies entre les services écosystémiques de manière spatialement explicite ;
  3. Examiner les changements potentiels de cette valeur actuelle en tenant compte des scénarios de changements d’utilisation du sol
  4. Examiner les changements potentiels de trade-offs en fonction des futurs changements des services écosystémiques ;
  5. Suggérer divers instruments politiques afin d’intégrer les services écosystémiques dans les processus décisionnels à l’échelle Européenne, fédérale et régionale en tenant compte des trois piliers du développement durable et en impliquant les décideurs et les communautés locales.

Afin de réaliser ces objectifs, un réseau de quatre groupes de recherches venant des communautés française et flamande de Belgique constituera l’équipe multidisciplinaire fournissant une expertise complémentaire en sciences humaines et naturelles – en particulier : géographie humaine et physique, écologie du paysage, écologie humaine et économie. Le réseau répondra à ces objectifs en développant et en suivant un processus d’évaluation en 6 étapes, établi sur base des plus récentes évolutions de la littérature thématique actuelle. Chacune de ces étapes constitue un ‘work package’ séparé bien qu’étroitement lié aux autres.

 

La première étape à pour but de cadrer la problématique, en spécifiant les limites du système étudié, et en rassemblant la connaissance et les données existantes a propos du système à évaluer.

 

 

La deuxième étape concerne l’évaluation sociale des services écosystémiques. Suivant l’argumentation de Cowling et al. (2008), l’évaluation sociale précède l’évaluation biophysique, car elle identifie les propriétaires et bénéficiaires des fonctions écologiques qui fournissent les services écosystémiques. L’évaluation sociale comprend deux parties principales. La première consiste en l’identification des acteurs concernés. Les participants aux entrevues seront recrutés en suivant un processus d’échantillonnage en deux phases, basé sur une évaluation intégrée incluant une analyse de cartes et de documents, ainsi qu’une consultation avec les membres du comité d’encadrement. La seconde partie concerne l’évaluation sociale proprement dite, au cours de laquelle les contextes sociaux et décisionnels de l’évaluation des services écosystémiques seront établis sur base d’entrevues semi-structurées.

 

 

La troisième étape concerne l’évaluation biophysique au cours de laquelle une procédure en deux étapes sera également utilisée : la cartographie des services écosystémiques et de leurs flux suivie d’une étude de l’impact des changements d’habitats sur ces flux. Concrètement, un modèle dynamique de végétation (MDV) sera intégré au sein d’un modèle multi-agents (MMA), en partie développé au sein des projets MULTIMODE et ECOCHANGE

. Des simulations générées à l’aide de ce modèle couplé MDV-MMA seront établies pour trois scénarios distincts, qui reflètent diverses évolutions possibles des cadres politiques et socio-économiques. Les simulations et les cartes d’utilisation du sol qui en seront dérivées fourniront une information importante quant à la distribution spatiale actuelle des services écosystémiques et ces changements futurs pour chaque scénario.

 

La quatrième étape concerne l’évaluation économique des services écosystémiques afin d’établir les trade-offs à l’aide d’une analyse couts-bénéfices pour chaque scénario (e.g. quels sont les couts et bénéfices de l’urbanisation par rapport aux couts de la parte de services écosystémiques qui lui sont liés). Les services écosystémiques évalués seront ceux identifiés comme essentiels suite à l’évaluation sociale (deuxième étape) et biophysique (troisième étape).

 

La cinquième étape est l’intégration des résultats des étapes 2 à 4, en utilisant des techniques participatives impliquant les acteurs et décideurs. Les conflits potentiels seront identifiés. Les couts et bénéfices induits par les trade-offs entre differentes alternatives d’utilisation du sol seront analysés. L’objectif final étant de trouver des situations ‘win-win-win’ , i.e. en terme économique, environnemental et social.

 

Enfin, de nouvelles politiques et/ou des modifications aux politiques existantes seront suggérées au sein de la sixième étape en incorporant la méthodologie développée dans des processus décisionnels.

 

Pour finir, il est important de mentionner qu’un ‘work package’ spécifique permettra une intégration optimale des différentes parties du travail et ce durant toute la durée du projet. Ce ‘work package’ assurera également une large dissémination des résultats du projet.

 

Bibliographie

  • Costanza R (2000) Social goals and the valuation of ecosystem services. Ecosystems 3:4-10.
  • Cowling R, Egoh B, Knight A.T, O'Farrell P.J, Reyers B, Rouget M, Roux D.J, Welz A, and Wilhelm-Rechman A (2008) An operational model for mainstreaming ecosystem services for implementation. PNAS 105(28):9483-9488.
  • Lambin E.F, Turner B.L.I, Geist H.J, Agbola S, Angelsen A, Bruce J.W, Coome, O, Dirzo R, Fischer G, Folke C, George P.S, Homewood K, Imbernon J, Leemans R, Li X, Moran E.F, Mortimore M, Ramakrishnan P.S, Richards J.F, Skanes H, Steffen W, Stone G.D, Svedin U, Veldkamp T.A, Vogel C and Xu J (2001) The causes of land-use and land-cover change: moving beyond the myths. Global environmental change 11:261-269.
  • Nelson E, Mendoza G, Regetz J, Polasky S, Tallis H, Cameron D.R, Chan K.M, Daily G.C, Goldstein J, Kareiva P.M, Lonsdorf E, Naidoo R, Ricketts T, and Shaw M.R (2009) Modeling multiple ecosystem services, biodiversity conservation, commodity production, and tradeoffs at landscape scales. Frontiers in Ecology and the Environment 7(1):4-11.
  • Turner II B.L, Skole D.L, Sanderson S, Fischer G, Fresco L.O, and Leemans R (1997) Land Use and Land Cover Change. Earth Science Frontiers 4:26-33.