Catherine Fonck
Catherine Fonck est d’abord médecin : spécialiste en médecine interne, avec une compétence en néphrologie. C’est sur les bancs de l’Université de Namur qu’elle passe ses trois premières années d’études, trois années exigeantes. Depuis 2001, elle s’occupait du Service de Néphrologie et Dialyse à la Clinique St Joseph de Mons quand la politique fait irruption dans sa vie...
Vous semblez nouvelle en politique : qu’est-ce qui explique votre engagement récent?
Un peu de hasard et beaucoup de réflexion ! Je ne me destinais pas du tout à une carrière politique, je n’avais d’ailleurs jamais fait de politique jusqu’il y a deux ans. En janvier 2003, Joëlle Milquet a usé de sa force de persuasion pour que j’accepte de me présenter sur la liste cdH aux élections fédérales... Je me suis retrouvée en campagne électorale, en plus de mon activité à l’hôpital !
Cette 1ère campagne est une réussite puisque vous devenez députée fédérale.
J’ai vécu ma première expérience politique comme parlementaire dans l’opposition. J’ai alors commencé à travailler dans différentes commissions où j’ai découvert à la fois le travail politique et le travail de fond, dans les domaines de la santé, de l’environnement et des affaires sociales. Je poursuivais mon travail à l’hôpital à l’hôpital St-Joseph, dans le Service de Dialyse : ce n’était pas simple de combiner deux vies complètement différentes.
Et puis vous devenez ministre...
J’ai participé en juin 2004 aux élections régionales et européennes. Le cdH rentrant dans la majorité, tout s’est précipité : Joëlle Milquet m’a appelée pour me proposer de devenir ministre !
Vous vous y attendiez ?
La presse me citait comme « ministrable », cela me faisait bien rire ! J’en ai quand même profité pour réfléchir un peu : quels portefeuilles serais-je prête à accepter, de qui souhaiterais-je m’entourer. Et puis cela impliquait de lâcher l’hôpital, le service dans lequel je m’étais investie pendant de nombreuses années, des patients chroniques auxquels je m’étais attachée...
Comment se passent les premières semaines d’un ministre?
Il faut créer une PME en quelques jours : il y a des matières à étudier, il faut fonder une équipe avec gens compétents et créatifs, répondre aux demandes qui arrivent, ... Et puis c’est parti et c’est un travail passionnant ! Je constate des parallélismes avec le travail de médecin en hôpital : une richesse dans les contacts, beaucoup de rigueur dans la gestion des dossiers. C’est aussi parfois frustrant : il n’est pas possible de donner suite à toutes les sollicitations que nous recevons et le cadre juridique et politique à respecter crée une certaine inertie par rapport à ce qu’on souhaiterait mettre en place.
Quel est le quotidien d’une mère de famille ministre ?
Ce n’est pas facile, comme pour toutes les mamans qui travaillent ! Je suis heureusement bien entourée, au bureau comme à la maison. Je suis une maniaque de l’organisation, cela m’aide... Et puis, le quotidien, on s’y fait. J’ai décidé de privilégier la qualité à la quantité !
Votre formation très pointue vous aide-t-elle dans votre travail de ministre ?
Oui ! Les études universitaires préparent à l’analyse, à la gestion d’une masse de données, au développement d’un argumentaire, d’un esprit critique... Tout cela me sert énormément. Et puis la médecine m’aide dans le cadre de mes compétences en santé par exemple.
Vous passez trois années de candidature à Namur : quels souvenirs vous laissent-elles ?
Je crois que ce sont mes années d’études les plus dures ! Je sortais de latin-math et, en 1ère candi, les sciences, en particulier la chimie, m’ont demandé beaucoup de travail. Mais alors, en 1er doc : le confort !
Et si c’était à refaire ?
Je ne regrette pas du tout ma formation, au contraire ! Avec son papa et sa maman médecins, anciens de Namur, ma fille ira aux Facultés si elle décide de faire la médecine.
Quelle est votre opinion sur le numerus clausus en médecine ?
Le vrai numerus clausus est le verrou fédéral sur le nombre de nouveaux numéros d’inami octroyés par an. Ce système est irrespectueux des étudiants, des familles et de l’Etat. Je pense qu’on devrait analyser les profils des médecins en activité aujourd’hui : on se rendrait compte qu’ils sont nombreux à consacrer une partie de leur temps à d’autres activités et donc à ne pas travailler à 100% ; ceci pourrait conduire à revoir ce verrou fédéral. En attendant, les étudiants doivent être protégés : l’année d’orientation que nous proposons de mettre en place, au terme de laquelle ils savent s’ils pourront exercer la médecine ou non, est une mesure transitoire qu’il faudra supprimer dès la levée du verrou fédéral.
